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Les fausses réponses aux besoins
Souvent, à cette étape, on commence à s'inquiéter. Les symptômes nous alarment et nous cherchons à comprendre ce qui ne va pas. C'est la solution la plus saine, mais aussi la plus exigeante. Si nous parvenons à ne pas nous laisser distraire par les problèmes secondaires, il est possible de remonter la pente.
Mais il arrive très souvent que cette inquiétude débouche sur une nouvelle forme d'évitement: la recherche de satisfactions compensatoires. C'est la cinquième marche d'un escalier de plus en plus glissant. Par exemple, on peut se faire illusion en recherchant l'admiration ou l'attention constante de notre entourage, en cherchant à accumuler l'argent ou le pouvoir, en s'impliquant dans des guerres interminables ou dans de folles aventures amoureuses.
Dans ce cas, les indices de notre malaise deviennent encore plus difficiles à reconnaître. Comme il nous semble normal d'être anxieux avant de donner un spectacle, dans une situation de conflit, en tentant de conquérir une personne ou un groupe, il est difficile de reconnaître le signal d'alarme plus fondamental que nous donne notre organisme. On ne voit plus que le malaise réel vient de notre profonde insatisfaction, car nos joies et nos difficultés ponctuelles nous la dissimulent. L'excitation cache la frustration et tente en vain de remplacer la satisfaction.
Et alors, on devient insatiable: la recherche d'attention, de pouvoir, d'argent ou d'admiration est interminable parce que le besoin qu'on cherche à combler n'est pas le bon. C'est comme si on était devenu dépendant d'une drogue: le besoin augmente à l'infini. Mais ces paradis artificiels sont remplis d'illusions et de cruelles déceptions: toute l'admiration au monde ne vaut rien pour nourrir émotivement la personne qui a besoin d'être aimée! Quelques suicides de vedettes trouvent ici un sens nouveau.
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Les complications physiques
Mais alors, les problèmes deviennent encore plus graves et plus insidieux. C'est notre corps qui devient la voix de nos besoins: ulcères, troubles cardiaques, maladies de la peau, insomnie et plusieurs autres troubles physiques apparaissent comme des cris d'alarme de notre organisme qui n'en peut plus. C'est la sixième marche: les symptômes nous indiquent qu'il s'agit d'une situation grave et urgente. Mais aurons-nous le courage, cette fois, d'y être attentifs? Pourquoi maintenant?
Plusieurs personnes entreprennent une démarche pour s'attaquer au problème lorsqu'elles sont rendues à ce stade. Souvent, elles iront chez le médecin dans l'espoir d'une solution physique simple. Un médicament, une chirurgie, un programme de conditionnement physique, une diète, ou même de la physiothérapie apparaissent alors comme des solutions désirables.
Elles sont vivement déçues lorsque leur médecin leur parle de stress, de burnout, de dépression et de l'importance de traiter le côté psychologique de leur vie. Elles restent longtemps sceptiques devant le psychologue qui tente de les aider à voir combien leur vie a besoin d'un réajustement, combien leur couple est un poids, combien il leur faudra changer leur façon de vivre pour arriver à une solution.
Souvent, à ce stade, ce n'est même plus une question d'avoir le courage de regarder le problème en face. D'une part, on est convaincu qu'il s'agit d'un problème physique auquel il faut des solutions physiques. D'autre part, on est alors tellement mêlé et confus qu'on désire vivement s'en remettre à quelqu'un d'autre pour identifier le problème et la solution. On a renoncé à se comprendre et on cherche partout les promesses d'un mieux-être.
Le médecin nous dit: "c'est psychologique", "c'est entre les deux oreilles". Mais c'est révoltant, car le mal est réellement présent, on le ressent vraiment. Il est tentant alors de consacrer son énergie à prouver au médecin qu'il se trompe, que le problème existe vraiment, qu'il ne s'agit pas d'une maladie imaginaire! Dans un premier temps, on ira chercher l'opinion d'un deuxième médecin, puis d'un troisième... Par la suite, on en viendra à faire appel à tous ceux qui nous promettent une guérison ou au moins une compréhension de notre situation: guérisseurs, conférenciers et livres de psychologie deviennent alors nos voies de solution. Oui, même la lettre du psy peut être une fausse solution remplie d'illusion.
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Le chemin vers le marasme
En résumé, on peut comparer ce cheminement à un escalier qui descend vers le marasme psychologique. C'est le passage dangereux qu'on emprunte si on refuse de prendre nos sentiments et nos émotions au sérieux et si on refuse de tenir compte des messages qu'ils véhiculent. Cet escalier très glissant nous invite à continuer toujours vers le bas; seul un choix volontaire, appuyé sur une bonne compréhension des forces en jeu, peut nous permettre de rebrousser chemin vers une vie saine et satisfaisante.
Voici un résumé des étapes de ce cheminement néfaste. Le fait de le connaître et de savoir déceler où nous en sommes sur cette voie est déjà un élément de solution.
- Contester, repousser ou contrôler le sentiment ou l'émotion.
- Accumuler les frustrations, émotions 'excessives'.
- L'élimination des indices (indifférence).
- Les réactions secondaires (angoisse, phobie, stress, dépression).
- Les satisfactions illusoires et compensatoires.
- Les problèmes et solutions physiques.
- La tournée des médecins et des 'gourous'.
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Comment renverser la vapeur
Il est assez facile de renverser la vapeur si on en est encore aux premières marches. Un désir réel d'être attentif à ses sentiments et d'en tenir compte est suffisant pour la personne qui est encore à la première marche. Avec en plus un peu de ténacité et le courage d'affronter ses difficultés de vie, on a les ingrédients suffisants pour remonter à la surface à partir de la deuxième marche. Il ne faudrait pas s'étonner cependant de rencontrer quelques difficultés. Il ne semble pas normal, au début, de prendre le temps de vraiment ressentir nos sentiments et nous pouvons avoir de la difficulté à tolérer l'intensité qu'on découvre dans nos émotions.
À la troisième et la quatrième marche, ça devient déjà plus difficile. On a besoin, en plus des moyens ci-dessus, d'outils spécifiques. Il faut des connaissances précises sur ce que nous avons appelé plus haut les réactions secondaires (angoisse, phobie, stress, dépression) ainsi que sur les méthodes qu'on utilise pour se rendre insensible. Des textes comme ceux de la lettre du psy peuvent être ici d'un grand secours en aidant à comprendre ce qui se passe. Mais en plus de ces connaissances, il faut des moyens concrets pour renouer avec sa sensibilité. Des outils d'exploration comme le journal de bord et la respiration sont nécessaires pour y parvenir par soi-même. Il faut tout un arsenal de ce genre d'outils pour remonter efficacement la pente.
À compter de la cinquième marche, il n'est pas réaliste de croire qu'on parviendra à rebrousser chemin sans une aide professionnelle. Un psychologue spécialisé en psychothérapie est souvent la meilleure ressource pour aider à en sortir. Mais ce n'est pas n'importe quel psychothérapeute qui fait l'affaire: il faut un spécialiste qui accorde une place prépondérante à la vie émotionnelle.
Le professionnel approprié peut fournir non seulement des connaissances et des outils pratiques qui aident à se reprendre en main, mais il peut fournir également un support essentiel pour mener la démarche à terme. En tant que spécialiste des phénomènes émotifs, il est capable d'aider à reconnaître les dimensions de la vie intérieure qui sont cachées derrière des symptômes physiques.
Un psychothérapeute d'orientation humaniste ou psychodynamique fait habituellement une place importante à la conscience, à la subjectivité et aux phénomènes émotifs, non seulement dans sa compréhension des problèmes psychiques, mais également dans sa façon d'intervenir sur ceux-ci. Il sera donc la plupart du temps un choix judicieux pour la personne qui veut récupérer son expérience intérieure avec les indices et les guides d'adaptation qu'elle comporte.
D'autres psychothérapeutes centrent leur intervention directement sur le problème dont la personne souffre. Généralement, ils appartiennent à des approches béhavioristes ou cognitives. Leur but se limitant à résoudre aussi rapidement que possible le problème pour lequel la personne consulte, ils ne font pas une place importante à la conscience et à la vie intérieure. Le travail ira normalement dans une direction différente de celle que je présente ici et ne permettra pas le retour à une vie émotive plus consciente et mieux utilisée.
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La prévention est le meilleur remède
L'espace manque ici pour expliquer le cheminement qui permet de remonter à la surface vers une vie satisfaisante et psychologiquement saine. Nous y reviendrons dans un autre article.
En attendant, il reste la possibilité d'utiliser des connaissances et des outils comme ceux que nous présentons ici. Ils doivent, pour cela, être utilisables efficacement par chacun dans les situations ordinaires de sa vie. En comprenant mieux les mécanismes et les phénomènes en jeu, on peut dénouer bon nombre d'impasses. En utilisant des façons de procéder qui aident à mieux ressentir ses émotions, on se procure les moyens de se guider dans des directions productives.
Mais la meilleure solution demeure la prévention: prendre ses sentiments et ses émotions au sérieux, les considérer comme des indices importants et en tenir compte pour choisir ses actes. En s'inspirant de ces trois principes, on s'assure de mener une vie psychologiquement saine et, par conséquent, de ne pas s'enliser dans des problèmes qui iront en s'aggravant. Cet effort de conscience nous permet de nous réajuster rapidement lorsque nous nous trompons et nous aide à percevoir plus clairement nos succès. De cette façon, nous permettons à nos émotions de jouer leur véritable rôle, celui de guide sûr vers la satisfaction de nos besoins les plus importants et la réalisation de nos aspirations, même au quotidien.
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